Paris, le 2 juillet 2011.

Nous sommes réunis autour de cette belle initiative et à mon tour de remercier Farid, Nadia et tous nos amis qui ont permis qu'elle prenne forme.

Je vais essayer de ne pas répéter tout ce qui vient d'être dit, mais permettez moi un clin d'œil, un bref tour d'horizon de l'immigration en France, parce que c'est par elle que nous sommes rassemblés aujourd'hui;

Années 1950 ; Ils arrivent en France avec la force de leur jeunesse, pour peu de temps, croyaient ils. Dans leur bagages, un sac de couscous, un tapis et déjà leur rêve de retour. Le sac de couscous à fondu, le tapis s'est élimé et la valise toujours prête s'est lestée de nostalgie. Demain on repartira !

L'indépendance a eu lieu. Ils l'ont fêtée dans la liesse mais ils sont toujours là avec en plus dans leur valise maintenant de la culpabilité. On rentrera plus tard avec des enfants éduqués. Et c'est ainsi qu'ils nous ont, qu'ils m'ont passé le flambeau, la valise.

N'en pouvant plus de cette Algérie nostalgique qui vous collait à la peau, je suis allée à elle, me fondre dans son giron. Il y eu des rires, des larmes. Nous avons fait un bout de chemin ensemble dans le train de l'avenir. Mais c'est dur de voyager sur le marche pied, alors je suis descendue du train pour retourner d'où je venais. Peut être bien que la Seine me manquait. Je décidais que nos histoires étaient séparées, mais dans les années 90 la locomotive s'est emballée et a déversé ses wagons d'exilés. L'Algérie me rattrapait au détour d'une station de métro parisien. J'y croisais mes amis d'Alger devenus pharmaciens, ingénieurs, médecins. Toutes ces forces vives disséminées aux quatre vents pour échapper à la violence qui se croyait tout permis.

Colère, incompréhension puis progressivement la sérénité a pris place. Une sérénité qui me permet d'être avec vous ce soir pour démarrer le train de l'amitié, le train de l'avenir, un train où chacun peut monter et apporter ses bagages et ses rêves de demain pour nous ici, avec eux là bas.

Des rêves j'en ai deux auxquels je tiens : le premier celui de travailler ensemble sur la question du vieillissement. Nous avons nos « chibanis » ici et en Algérie et il y a du savoir faire à mettre en commun. Le second, c'est qu'un jour, tous mes amis, vos amis puissent visiter en toute quiétude l'Algérie. Le tourisme doit pouvoir s'y développer. Qui n'a pas un ami en France qui rêve de découvrir ce pays devenu si familier. Il y a du potentiel pour permettre un tourisme innovant ; non pas un tourisme envahissant conquérant mais celui fait d'échange et de rencontre.

C'est avec beaucoup d'émotion que j'accepte aujourd'hui d'être marraine du forum, mais croyez-moi je ne serais pas la marraine d'un jour, j'ai bien l'intention d'être présente et d'aider à le faire vivre. La réalité se construit de nos désirs et de toutes nos énergies. Sachons les rassembler et les conjuguer ensemble.

Khedidja Bourcart, le 2 juillet 2011.

 

Intervention de M. Rachid Ouali, Consul général d'Algérie à Paris lors de la soirée de lancement du
Forum France-Algérie le 2 juillet 2011

 

Intervention de M. Farid Yaker, Coordinateur du Secrétariat provisoire, lors de la soirée de lancement du Forum France Algérie.
Paris, le 2 juillet 2011

 

Chers amis,
Nous lançons aujourd'hui le Forum France Algérie.

Qui sommes-nous ?

Nous sommes avant tout des femmes et des hommes attachés à l'Algérie et à la France.

L'Algérie nous a vu naître ou a vu naître nos parents. Nous-mêmes ou nos parents ont traversé la Méditerranée à la recherche d'une vie meilleure, pour fuir les violences de la décennie noire ou pour quitter une Algérie promise à l'indépendance. Certains d'entre nous ont été à jamais marqués par les années passées en Algérie comme appelés ou en tant que coopérants techniques. Quelque soit notre situation, nos origines ou convictions religieuses, ce qui nous unit dans le Forum, c'est notre attachement ou notre amour pour l'Algérie.

Nous aimons aussi la France qui est pour beaucoup d'entre nous notre patrie. Nous aimons par-dessus tout la France des Lumières, la France de l'égalité, de la liberté et de la fraternité. Pas celle du 17 octobre 1961, de la gégène ou des ratonnades. C'est dans la France républicaine, universelle tolérante et solidaire que nous nous reconnaissons et c'est cette France que nous voulons faire prospérer et enrichir de notre différence et de nos atouts.

Même si certains d'entre nous sont uniquement français ou uniquement algériens, la plupart d'entre nous sommes des binationaux. Nous pensons que loin de constituer un problème, la présence de binationaux est une chance à la fois pour l'Algérie et pour la France.