Algérie : la Constitution, Bouregaa et la Covid-19

L’actualité de la semaine a été marquée par un événement majeur relatif au référendum sur la Constitution, les autorités ont annoncé un taux de participation de 23,7%, et un résultat de 60% en faveur du oui à la nouvelle Constitution. Cependant, l’actualité a été vite rattrapée par la triste nouvelle de la disparition du révolutionnaire Lakhdar Bouregaa, une nouvelle qui a secoué les algériens. Tout cela se passe au moment où le nombre de cas de contamination de la Covid19 monte en flèche. 

Le référendum et notamment le taux de participation jugé « très faible » a suscité beaucoup de réactions et de lectures. Les analystes sont quasi unanimes à faire le constat d’échec du processus engagé par le pouvoir, ils ne feignent pas d’afficher néanmoins leurs craintes quant à l’évolution de la situation politique et socio-économique du pays.

Dans une contribution intitulée « Leçons provisoires du scrutin du 1er Novembre 2020 » publiée sur Facbook, le sociologue Lhouari Addi, a souligné que les chiffres annoncés par les autorités cette fois-ci signifient « que le régime reconnaît que sa base électorale ne pèse que 14,3% des votants et que 85,7% du corps électoral ne soutiennent pas le régime ».

 

Dans un article titré « Référendum en Algérie : abstention record, désaveu cinglant pour le pouvoir », l’AFP a interrogé le directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) à Genève, Hasni Abidi qui trouve que l’abstention record lors du référendum « s'agit d'un camouflet pour un président en quête de relégitimation après une investiture contestée ».

« Repoussé par le peuple, le projet de révision constitutionnelle doit être abandonné », est le titre donné à un entretien que la constitutionaliste Fatiha Be Abbou a accordé au quotidien El Watan . Dans cet entretien, Fatiha Benabbou appelle le président Tebboune à faire une lecture politique des résultats du référendum sur le projet de la révision de la Constitution. Selon elle, le chef de l’Etat doit prendre en considération la question de la légitimité et ne pas se suffire seulement de celle de la légalité, d’autant que le rejet « exprès » et « implicite » du projet est important. « Vaut mieux ne pas avoir de loi qui d’en avoir une qui divise », explique-t-elle.

 

La politologue Louisa Driss-Aït Hamadouche a analysé dans un entretien titré « Ce désaveu devrait servir à tirer la sonnette d’alarme » accordé à  El Watan. Selon elle, ce scrutin référendaire « est moins porteur d’enseignements que d’interrogations ». Le fort taux d’abstention, ajoute-t-elle, est une sanction pour « tous les participationnistes, qu’ils aient appelé à voter ‘‘oui’’ ou à voter ‘‘non’’ ».

 

« Après le camouflet du référendum sur la constitution, que fera le pouvoir ? »  S’est interrogé le quotidien Liberté dans un article d’analyse. « S’il est entendu que les autorités ne peuvent assumer ce cuisant revers, il est à se demander s’il ne les contraint pas à adopter désormais une nouvelle approche de sortie de crise » li-t-on sur le quotidien.

La veille dudit rendez-vous électoral, des acteurs impliqués dans l’initiative « Nida 22 », lancée le 22 octobre dernier, ont animé, une conférence de presse pour expliquer leur démarche, tout en donnant des indications sur l’écho suscité. Les intervenants ont tenté d’apporter des réponses à des questionnements soulevés par nombre de citoyens, notamment sur les réseaux sociaux », rapporte le quotidien El Watan dans un article intitulé « Les initiateurs de « Nida 22 » expliquent leur démarche ».

Le journal en ligne Radio M, a dans un article en langue arabe, titré « La présidence allait se séparer du gouvernement Djerrad et du parlement en été 2020, pourquoi a-t-elle changé son avis ?». L’article en question a traité une lettre qui serait parvenue de la présidence et qui aurait invité le moudjahid Lakhdar Bouregaa à négocier un certain nombre de revendications. « La lettre a été diffusée sur les réseaux sociaux. Il est notamment fait part de la formation d'un nouveau gouvernement, et de la dissolution des assemblées élues » note Radio M dans son article.

 

Lakhdar Bouregaa, l’homme aux deux révolutions tire sa révérence

Le décès de ce grand homme a déclenché une vague de réactions exprimée en hommages ou en lectures politiques. Le jeune militant Jugurtha Abbou a écrit sur son Facebook que « le large élan de sympathie que la mort des deux personnages-symboles (Lakhdar Bouregaa et Aldjia Matoub) a suscité réveille en nous l'espoir et la foi que la transmission générationnelle des luttes se fait de la meilleure des manières. Les jeunes algériens sont prêts à relever le défi de mener le combat tracé par leurs ainés jusqu'à la concrétisation des objectifs pour lesquels ils ont donné le meilleur d'eux-mêmes ».

 

Sur le même réseau, l’homme politique Said Sadi, raconte qu’il a souvent reçu à son bureau Lakhdar Beregaa et a mis l’accent sur la sincérité du grand homme. « Je le revois encore commentant l’actualité avec passion. Ses avis, quelques fois expéditifs, étaient néanmoins toujours sincères. En politique, Bouregâa ne calculait jamais. Il fonctionnait à l’affect. Ce que certains de ses compagnons voyaient comme de l’instabilité était en réalité de la spontanéité. L’ancien baroudeur qui n’avait pas d’ambition avait cependant une morale : ne jamais aller à contre-courant de ses intuitions, quitte à devoir évoluer par la suite ».

 

Arezki Ait Larbi a tenu à relever un passage important du parcours du combattant, notamment son emprisonnement par la police de Boumediene, il révéla sur son compte Facebook, un extrait de son interrogatoire: « - Nous avons examiné ton dossier, dit-il. Tu es un homme propre. Il n’y a pas l’ombre d’un doute. Mais les enquêteurs de la police t’ont beaucoup chargé, après que tu aies reconnu des actes graves, peut-être sous l’effet de la torture. Nous, à la sécurité militaire, nous souhaitons que ton interrogatoire soit concis, précis et définitif, qu’on puisse savoir exactement ce qu’il en est. - Je vous laisse avec votre conscience, répondis-je aussitôt. Je vous ai dit, à vous et aux policiers, ce que je savais des évènements du 11 décembre 1967. Je n’ai rien à ajouter. Peu importe pour moi de savoir quel est le service responsable de ma torture. Ce que j’ai fait, je l’ai fait par conviction, de ma propre volonté. Si vous voulez vous-mêmes ajouter quelque chose à mes déclarations, libre à vous. Je suis votre prisonnier.... ».

Enfin, il est à souligner les chiffres relatifs à la COVID-19 qui repartent à la hausse, la situation de plus en plus alarmante. Dans un entretien accordé à El Watan le Dr Mohamed Yousfi, Chef de service des maladies infectieuses au CHU de Boufarik et président du SNPSSP signale que « si ce relâchement persiste, nous allons inévitablement vers la deuxième vague». Il a expliqué que la situation est inquiétante, parce que « le personnel de santé est épuisé ». « Ce personnel n’a pas eu le temps de se reposer, nous sommes sur le front depuis 8 huit mois et, au moment où on croyait à une accalmie, on assiste à une reprise des contaminations. Actuellement, il y a une saturation des structures sanitaires, le personnel est à plat, et c’est là notre inquiétude » a-t-il expliqué.

 

 

 

 

 

 

 

 

 






 

 

 

 

 

 

 
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