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On voit des images de manifestations déjà vues en France, quand on s’intéresse un peu à l’Algérie. À ceux qui les   découvrent, elles parleront mais ils devront se garder de croire qu’elles montrent toute la réalité de ce qui s’y passe, pour   autant qu’on puisse la saisir en son entier, ce que je crois très difficile ou impossible, surtout en 70 mn. Les personnes   qu’on voit et entend représentent une élite intellectuelle et proche de nos valeurs, ils parlent un français bien maîtrisé. Les   Kabyles sont surreprésentés, ainsi que les Algérois. (Moi, l’Oranais, ça m’enrage un peu). Bon, ces hommes et ces femmes   ont du courage. Pour toutes ces raisons, ils touchent d’autant plus notre sensibilité mais ils ne représentent qu’une petite f.   fraction de la population algérienne. Cela ne veut pas dire qu’il faut les ignorer d’autant plus qu’ils expriment une   souffrance   

et des espérances très partagées dans le pays. Il m’importe peu que le réalisateur soit algérien (c’est le cas) ou français, mais il est dommage qu’il ait privilégié sa subjectivité et l’émotionnel au détriment d’une approche des aspects contradictoires de la situation. Ils auraient donné du relief au documentaire.
On sait déjà –si on suit, même un peu, les affaires algériennes- quelle est la difficile condition de la femme dans le pays, quelle est la difficile situation de l’emploi pour les jeunes, quelle sensation d’étouffement, de confinement les oppresse, quel est le degré de frustration et d’hypocrisie sexuelles régnant dans la société, combien est sensible la question kabyle et la question du respect des droits de l’homme. Mais on sait aussi que le Hirak est un mouvement non homogène politiquement, socialement, idéologiquement, religieusement, linguistiquement, identitairement… Son devenir est incertain, on ne voit pas assez ces contradictions. On ne voit pas les urgences de la question environnementale, de la question alimentaire.

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Le documentaire Algérie mon Amour de Mustapha Kessous diffusé le 26 mai sur France 5 a suscité de multiples remous et des réactions virulentes qui méritent d’être analysés.

Un marketing trompeur
Le documentaire a été présentée comme le premier film sur le hirak diffusé par une chaine publique française. Le teaser, largement diffusé, mettait clairement l’accent sur le mouvement citoyen algérien et la révolte de sa jeunesse. Les spectateurs, notamment du coté algérien, ont donc été surpris de voir que les sujets sociétaux et le mal être d’une partie de la jeunesse a en réalité été au centre du reportage. Assez loin de l’ambition de Mustapha Kessous qui annonçait dans une interview sur El Watan (vouloir à travers son film « comprendre et expliquer pourquoi les Algériens avaient enfin décidé de se soulever après tant d’années de résignation »
Le choix des 5 jeunes qui témoignent dans le film a aussi été critiqué car insuffisament représentatifs de la jeunesse algérienne. Parfaitement francophones, adeptes de heavy metal pour l’un d’entre eux, défenseur d’un militant indépendentiste kabyle pour un autre, les profils des jeunes ne rendaient certainement pas compte de toute la diversité du hirak, notamment de sa frange populaire et conservatrice.
Mustapha Kessous a défendu son casting en disant qu’il avait cherché « des représentants de toutes les couches sociales du nord au sud, d’est à l’ouest du pays, mais face caméra, certains ont eu du mal à se livrer ». Pour lui «les cinq témoins sont issus du peuple, voilà l’essentiel. Ces jeunes expriment avec justesse ce que ressentent les autres » .
Mustapha Kessous doit néanmoins savoir que peu de jeunes issus de milieux populaires ont accès à des dikis et peuvent se permettre des soirées mixtes arosées sur une terrasse des hauteurs d’Alger.
Pourquoi par ailleurs ce parti pris de n’interroger que des francophones? Le hirak a mis en avant la très bonne maitrise de la langue arabe par un grand nombre de jeunes activistes brillants et éloquents. Pourquoi ne pas leur avoir donné la parole ? Ca aurait peut être permis de présenter d’autres facettes de la jeunesse en dehors d’Alger, d’Oran et de la Kabylie.

Le 19 mai 2014

Hassane Zerrouky réagit aux attaques envers la ministre de l'éducation algérienne, Nouria Benghabrit-Remaoun, concernant ses origines juives.

C'est à chaud que j'écris ce papier. Cela se passe chez nous. Je ne connais pas Nouria Benghabrit, la nouvelle ministre de l'Education nationale. Mais cette campagne antisémite primaire l'accusant d'être juive me révulse. Voilà où on en est dans ce pays qui s'appelle l'Algérie, qui a vu des militants communistes comme Maurice Laban (issu de la communauté juive de l'est algérien) qui, sans attendre la décision du Parti communiste algérien, avait rejoint l'ALN dans les Aurès pour combattre le colonialisme. Un homme à qui Mustapha Ben Boulaid, un des membres fondateurs du FLN, qui le connaissait personnellement, lui avait demandé de mettre son expérience - Laban était un ancien des brigades internationales en Espagne - au profit des jeunes combattants de l'ALN.

D'autres Algériens issus de la communauté juive algérienne installée en Algérie avant l'arrivée de Okba ibn Nafaa - William Sportisse, Daniel Timsit et j'en passe - et ce, sans compter Henri Alleg venu d'Angleterre très jeune pour combattre le colonialisme français et qui était resté jusqu'à la fin de sa vie habité par l'Algérie.., ont sacrifié leur jeunesse pour certains et leur vie pour les autres pour ce pays qui s'appelle l'Algérie. Et oui, même s'ils n'étaient pas nombreux, il y avait parmi le million de chahid des juifs, des chrétiens, des communistes, des athées...

Ainsi, plus de 50 ans après la fin de la guerre d'indépendance, on continue encore de colporter un discours raciste, oubliant le sacrifice de ceux issus de la communauté juive qui sont aussi Algériens que ceux qui se revendiquent de l'arabe-salafisme ou de ceux - pour moi ils sont Algériens - d'origine européenne, morts pour l'indépendance de l'Algérie. Faut-il rappeler que dans le "staff" de l'émir Abdelkader il y avait deux juifs ?

Si des ignares, et ils le sont, nourris au salafisme, se permettent de telles insanités racistes, c'est parce que le pouvoir politique depuis la politique dite de réconciliation nationale leur permet d'occuper des espaces que par ailleurs il a interdit à la pensée rationaliste. Quant au nouveau ministre de la Communication qui a affirmé qu'il traquerait la diffamation, il a là l'occasion de joindre l'acte à la parole: traduire en justice ceux qui appellent à la haine.

Hassane Zerrouky, le 8 mai 2014
Source : Le Matin DZ

Commentaire de Daniel Gall, membre du Forum France-Algérie :

La réponse de Hassan Zerrouky est nécessaire et peut-être pédagogique, mais insuffisante. Ce n’est pas parce que des juifs ont combattu le colonialisme que les attaques contre une juive ( qu’elle le soit ou non, cela n’a pas d’importance)  sont inacceptables. C’est parce qu’il s’agit de la manifestation élémentaire du racisme, celle qui consiste à juger une personne sur ses origines. En France, nous rappelons souvent la contribution des peuples de l’ex-empire au développement et à la défense de la France, mais cela permet de mettre en valeur ces héros, de les insérer dans le « roman national », de montrer qu’ils sont « nous » parce qu’ils partagent notre histoire. Mais ce n’est pas cela qui fonde le refus des discriminations. C’est simplement parce qu’un homme est un homme, quelle que soit son origine.


Le 9 août 2013

Réflexion sur l'islam et la laïcité

Suite à une proposition du Haut Conseil à l'Intégration d'interdire le port du voile islamique à l'université, Karim Amellal, auteur et enseignant à Sciences po et défenseur du multiculturalisme, se questionne sur le sens initial du mot laïcité et sur les dérives de son application. La laïcité, pilier de notre démocratie, repose sur trois principes (non-intervention de l'Etat dans les affaires religieuses, liberté de culte et égalité des cultes) , mais aujourd'hui seul le deuxième semble primer. A cela Karim Amellal voit 4 explications : la conjoncture économique actuelle qui favorise la stigmatisation de l'autre, la radicalisation de l'islam dans certaines régions du monde, l'essoufflement de la religion prédominante en France et la nouvelle visibilité de l'islam comme source de solidarité pour les plus démunis. Dans cet article, Karim Amellal met en garde le lecteur contre l'utilisation de la laïcité comme prétexte à l'islamophobie et au racisme.

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Source : MediaPart